FANALIO : l’intelligence artificielle au service de l’école inclusive
Par Roger Loaiza Soto, le , 11 min de lecture

Né au lycée Gaspard-Monge de Savigny-sur-Orge, dans l’Essonne, FANALIO Assistant pédagogique explore de nouvelles façons d’accompagner les élèves DYS, TDAH, TSA et allophones. Expérimenté auprès de 64 élèves de CAP et de baccalauréat professionnel, ce projet récompensé au prix Chercheurs en actes associe accessibilité, autonomie et recherche scientifique.
L’intelligence artificielle face aux défis de l’école inclusive
Dans une classe, les difficultés rencontrées par les élèves sont rarement identiques. Certains comprennent les notions enseignées, mais peinent à lire une consigne complexe. D’autres ont besoin de davantage de temps pour organiser leur réflexion, maintenir leur attention ou formuler une réponse.
Pour les élèves présentant des troubles des apprentissages ou des besoins éducatifs particuliers, ces obstacles peuvent compliquer l’accès aux connaissances, alors même que les compétences nécessaires à la réalisation de l’activité sont présentes.
Les élèves présentant des troubles DYS, un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), un trouble du spectre de l’autisme (TSA) ou des difficultés liées à la langue d’enseignement peuvent avoir besoin d’adaptations différentes.
Il ne s’agit pourtant pas d’associer automatiquement une méthode pédagogique à un diagnostic. Deux élèves présentant un même trouble peuvent rencontrer des difficultés très différentes.
L’intelligence artificielle générative permet d’explorer de nouvelles possibilités de différenciation. Elle peut notamment reformuler une explication, clarifier du vocabulaire ou décomposer une activité en plusieurs étapes.
À condition d’être utilisée dans un cadre pédagogique adapté, elle peut apporter une aide supplémentaire sans réduire les exigences d’apprentissage.
FANALIO, une innovation pédagogique née à Savigny-sur-Orge
Le projet FANALIO Assistant pédagogique trouve son origine au lycée polyvalent Gaspard-Monge de Savigny-sur-Orge, dans le département de l’Essonne, au sein de l’Académie de Versailles.
Initialement connu sous le nom de Geronimo, l’assistant a fait l’objet d’une présentation sur le site des ressources numériques de l’Essonne. Le projet porte aujourd’hui le nom de FANALIO.
Son développement répond à une difficulté rencontrée quotidiennement par les enseignants : accompagner des élèves aux besoins différents tout en assurant la progression de l’ensemble de la classe.
Un enseignant ne peut pas toujours intervenir immédiatement auprès de chaque élève pour reformuler une consigne ou expliquer une difficulté ponctuelle.
FANALIO a été conçu comme un outil complémentaire pouvant intervenir dans ces situations. Contrairement à un assistant conversationnel généraliste, son fonctionnement s’appuie sur des modalités d’accompagnement définies à partir d’objectifs pédagogiques.
Le but n’est pas seulement d’obtenir une réponse correcte, mais de permettre à l’élève de comprendre la démarche nécessaire pour la construire.
Cette approche a été présentée par l’Académie de Versailles dans sa publication consacrée aux initiatives numériques du territoire.
Quatre modes pédagogiques pour accompagner les apprentissages
La présentation académique du projet décrit quatre modalités d’accompagnement. Chacune répond à des situations d’apprentissage particulières.
Le mode socratique pour construire son raisonnement
Le mode socratique privilégie les questions progressives plutôt que les réponses immédiates.
Lorsqu’un élève rencontre une difficulté, l’assistant peut l’inviter à identifier les informations utiles, à mobiliser ses connaissances et à expliquer son raisonnement.
Dans une activité de logistique, par exemple, si l’élève doit calculer un stock disponible, FANALIO peut commencer par lui demander quelles données du document sont nécessaires au calcul.
Cette méthode vise à encourager la réflexion personnelle et à renforcer l’autonomie.
Le mode explicite pour avancer étape par étape
Certaines activités comportent plusieurs opérations à réaliser simultanément. Pour un élève qui rencontre des difficultés de planification ou d’attention, cette accumulation peut représenter un obstacle.
Le mode explicite propose un accompagnement plus structuré, avec des étapes successives et des consignes clarifiées.
Cette organisation peut faciliter l’entrée dans l’activité et permettre à l’élève de concentrer davantage ses efforts sur la compétence travaillée.
Le mode examen pour comprendre les consignes
Le vocabulaire utilisé dans les sujets d’évaluation peut rendre certaines questions difficiles à comprendre.
Le mode examen propose une lecture et une reformulation des consignes dans un langage plus accessible. L’objectif est de faciliter la compréhension de l’énoncé sans modifier les compétences attendues.
Dans une évaluation officielle, l’utilisation de cette fonctionnalité reste soumise aux règles et aux aménagements autorisés.
Le mode allophone pour faciliter l’apprentissage du français
Un élève allophone peut maîtriser une notion scientifique ou professionnelle sans disposer de tout le vocabulaire français nécessaire pour l’expliquer.
FANALIO peut associer le français à une aide ponctuelle dans la langue d’origine de l’élève, afin de faciliter l’accès au sens.
Cette assistance linguistique peut ensuite diminuer progressivement, à mesure que l’élève développe sa maîtrise du français scolaire.
Il s’agit d’utiliser la langue d’origine comme une passerelle vers les apprentissages, plutôt que de maintenir une traduction permanente.
Comment l’IA peut-elle accompagner les élèves DYS, TDAH, TSA et allophones ?
Les possibilités offertes par un assistant pédagogique dépendent avant tout des difficultés rencontrées dans une activité. Elles ne constituent pas des réponses automatiques à un trouble ou à un diagnostic.
Les élèves présentant des troubles DYS
Pour certains élèves dyslexiques, l’accès à l’écrit peut nécessiter un effort important. Une reformulation, une présentation structurée ou l’explication de mots difficiles peuvent rendre les consignes plus accessibles.
Les besoins des élèves dysorthographiques, dyspraxiques ou présentant d’autres troubles spécifiques des apprentissages peuvent être différents. Les adaptations doivent donc être choisies en fonction de la tâche et de l’élève.
Les élèves présentant un TDAH
Un assistant peut contribuer à structurer le travail en proposant des étapes courtes, des objectifs intermédiaires et des rappels de la consigne.
Il faut néanmoins éviter les interfaces trop stimulantes et les interventions excessives. Une assistance numérique mal conçue pourrait devenir une source supplémentaire de distraction.
Les élèves présentant un TSA
Certains élèves autistes peuvent bénéficier de consignes explicites, d’une organisation prévisible et de clarifications concernant des expressions implicites.
Ces besoins ne sont pas universels. Les adaptations doivent tenir compte du fonctionnement individuel de l’élève et du contexte de l’apprentissage.
Les élèves allophones
Pour les élèves dont le français n’est pas la langue première, la reformulation et l’accompagnement bilingue peuvent contribuer à rendre une activité plus compréhensible.
L’enjeu consiste à soutenir simultanément l’accès aux connaissances et l’appropriation du français scolaire.
Dans tous les cas, l’IA ne peut pas établir de diagnostic médical ni décider seule des adaptations pédagogiques nécessaires.
L’étayage pédagogique : aider sans donner systématiquement la réponse
L’un des risques de l’intelligence artificielle éducative concerne la dépendance aux réponses automatiques. Lorsqu’un élève obtient immédiatement une solution complète, il peut réussir une activité sans avoir compris les connaissances mobilisées.
FANALIO cherche à limiter ce risque en s’appuyant sur le principe d’étayage pédagogique.
Décrit notamment par David Wood, Jerome Bruner et Gail Ross dans leurs travaux de 1976, l’étayage consiste à apporter une aide temporaire pour permettre à un apprenant d’accomplir une tâche qu’il ne pourrait pas encore réaliser seul.
Cette aide peut prendre la forme d’un indice, d’une question intermédiaire, d’un exemple ou d’une reformulation.
Un exemple en enseignement professionnel
Imaginons qu’un élève doive analyser les dysfonctionnements d’une réception de marchandises et proposer des mesures correctives.
La consigne initiale demande plusieurs opérations : observer la situation, identifier les problèmes, comprendre leurs conséquences et justifier des solutions.
L’assistant peut accompagner le raisonnement en posant successivement les questions suivantes :
- Quels problèmes observes-tu lors de la réception ?
- Quelles conséquences peuvent-ils entraîner ?
- Quelle solution proposerais-tu ?
- Pourquoi cette solution serait-elle adaptée ?
L’objectif pédagogique demeure identique. Seule la manière d’accéder à la tâche est adaptée.
Réduire progressivement les aides pour développer l’autonomie
Lorsque l’élève progresse, l’assistance peut être progressivement diminuée. Cette démarche est appelée fading dans la littérature scientifique.
Elle vise à permettre à l’élève de mobiliser ses connaissances avec de moins en moins d’aide.
La question essentielle n’est donc pas uniquement de savoir si un élève réussit une activité avec l’IA, mais de déterminer s’il parvient ensuite à réutiliser ses acquis de manière autonome.
Un accompagnement complémentaire pour les AESH
Le développement de FANALIO comprend également une réflexion sur les besoins des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH).
Les AESH interviennent dans des disciplines variées et accompagnent des élèves présentant des besoins très différents. Ils peuvent parfois devoir aider à comprendre une activité sans posséder toutes les connaissances spécifiques à la matière enseignée.
Un module dédié aux AESH fait partie des perspectives de développement du projet.
Son objectif est de proposer des indications permettant de reformuler une consigne, de guider le raisonnement ou d’identifier une aide appropriée, sans fournir directement la réponse à l’élève.
Cette fonctionnalité reste une piste de développement et d’expérimentation. Elle n’a pas vocation à remplacer les professionnels.
L’accompagnement humain, la connaissance de l’élève et les décisions pédagogiques des enseignants demeurent essentiels.
Une expérimentation auprès de 64 élèves de lycée professionnel
Le projet FANALIO a fait l’objet d’une expérimentation auprès de 64 élèves de CAP et de baccalauréat professionnel, dans des enseignements généraux et professionnels.
La démarche s’inscrit dans un travail de recherche mené en lien avec le laboratoire CHArt, Cognitions Humaine et Artificielle, de l’Université Paris-Est Créteil.
Trois dimensions occupent une place centrale dans cette évaluation : la compréhension des consignes, l’autonomie des élèves et leurs performances d’apprentissage.
La présentation publiée par l’Académie de Versailles évoque des premiers résultats encourageants pour les élèves ayant utilisé l’assistant.
Ces observations doivent cependant être considérées comme préliminaires. Leur interprétation nécessite de connaître précisément le protocole, les instruments de mesure, les conditions de comparaison et les limites de l’étude.
Une amélioration constatée dans un contexte particulier ne permet pas d’affirmer que les mêmes effets seront obtenus dans toutes les classes ou auprès de tous les profils d’élèves.
L’intérêt de cette expérimentation réside dans la volonté d’évaluer l’outil en situation réelle d’apprentissage, plutôt que de considérer ses fonctionnalités comme une preuve suffisante d’efficacité.
Le prix Chercheurs en actes, une reconnaissance pour le lycée Gaspard-Monge
Le projet a été distingué dans le cadre du prix national Chercheurs en actes, dans la catégorie lycée.
Cette distinction a été attribuée au lycée Gaspard-Monge, et non à une personne ou à une entreprise.
Le prix Chercheurs en actes valorise les initiatives pédagogiques qui mobilisent la recherche scientifique et l’expérimentation pour améliorer les pratiques d’enseignement.
Cette reconnaissance souligne l’intérêt de la démarche menée dans l’établissement et encourage la poursuite du travail engagé autour de l’intelligence artificielle éducative.
Elle ne signifie pas que l’ensemble des fonctionnalités de FANALIO bénéficie déjà d’une validation scientifique définitive.
Pour mieux comprendre les objectifs de cette distinction, il est possible de consulter la présentation officielle du prix Chercheurs en actes.
L’IA éducative doit préserver le rôle des enseignants et la protection des élèves
L’intelligence artificielle peut produire des réponses erronées, mal comprendre une demande ou proposer une aide inadaptée.
Son utilisation auprès des mineurs nécessite donc un cadre pédagogique clair, une supervision humaine et une attention particulière à la protection des données personnelles.
L’enseignant conserve la responsabilité des objectifs pédagogiques, de la progression des apprentissages et de l’évaluation.
Les AESH jouent également un rôle humain et contextuel que les outils conversationnels ne peuvent pas reproduire.
Dans ses orientations sur l’intelligence artificielle générative dans l’éducation, l’UNESCO souligne l’importance d’une approche centrée sur l’humain, attentive à la sécurité, à l’équité et aux droits des apprenants.
Ces exigences sont particulièrement importantes lorsqu’un assistant s’adresse à des élèves présentant des besoins éducatifs particuliers.
FANALIO, une démarche qui associe accessibilité et recherche pédagogique
L’expérimentation menée au lycée Gaspard-Monge a permis d’engager une réflexion concrète sur la place de l’intelligence artificielle dans les apprentissages.
Le projet FANALIO poursuit cette démarche en travaillant sur la reformulation des consignes, l’accessibilité des contenus, l’étayage progressif et les besoins spécifiques des élèves.
Son ambition est de proposer un accompagnement capable de s’intégrer aux pratiques pédagogiques quotidiennes, sans rendre l’élève dépendant de la technologie.
Pour atteindre cet objectif, les développements doivent continuer à s’appuyer sur l’observation des usages, les retours des enseignants et les connaissances issues de la recherche.
La question principale n’est pas de déterminer combien de réponses une intelligence artificielle peut produire, mais de comprendre dans quelles conditions elle peut favoriser des apprentissages durables.
Vers une école plus accessible grâce à l’intelligence artificielle
L’expérience menée à Savigny-sur-Orge montre comment une initiative développée dans un lycée professionnel de l’Essonne peut nourrir les réflexions sur l’IA et l’école inclusive.
La reformulation des consignes, l’accompagnement progressif et l’adaptation des explications offrent des possibilités intéressantes pour certains élèves DYS, TDAH, TSA ou allophones.
Ces possibilités doivent néanmoins être évaluées dans les situations réelles d’enseignement.
Avec FANALIO, l’enjeu est de concevoir une intelligence artificielle qui accompagne les élèves tout en préservant leur capacité à réfléchir et à apprendre par eux-mêmes.
Une technologie éducative devient réellement intéressante lorsqu’elle aide l’élève à développer des compétences qu’il pourra ensuite mobiliser sans assistance.
Questions fréquentes sur FANALIO et l’école inclusive
Qu’est-ce que FANALIO Assistant pédagogique ?
FANALIO est un assistant pédagogique utilisant l’intelligence artificielle pour accompagner les élèves dans leurs apprentissages. Développé initialement au lycée Gaspard-Monge de Savigny-sur-Orge, il propose notamment des reformulations et des aides progressives.
FANALIO peut-il aider les élèves dyslexiques ?
FANALIO peut faciliter la compréhension de certaines consignes grâce à des reformulations, des explications de vocabulaire et une présentation structurée. L’intérêt de ces aides dépend des besoins individuels.
Comment l’IA peut-elle aider les élèves présentant un TDAH ?
Elle peut proposer des consignes courtes, organiser le travail en étapes et clarifier les objectifs. L’interface et la fréquence des interactions doivent cependant être adaptées pour éviter les distractions supplémentaires.
L’intelligence artificielle est-elle utile aux élèves autistes ?
Certaines fonctionnalités peuvent faciliter l’explicitation des consignes et la structuration des activités. Les besoins des élèves autistes sont variés et nécessitent des adaptations individualisées.
FANALIO peut-il remplacer un AESH ?
Non. FANALIO est conçu comme une aide complémentaire. Les AESH restent indispensables à l’accompagnement humain des élèves en situation de handicap.
FANALIO a-t-il été expérimenté dans un lycée ?
Oui. Le projet a été expérimenté auprès de 64 élèves de CAP et de baccalauréat professionnel au lycée Gaspard-Monge, dans l’Essonne.
Quel est le lien entre FANALIO et Geronimo ?
Geronimo est l’ancien nom du projet. L’assistant pédagogique porte désormais le nom de FANALIO. La publication académique utilise son ancienne appellation.
Sources documentaires
- Académie de Versailles
Geronimo : un assistant numérique inclusif au Lycée Monge. Publication : . Consultation : .